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Eglises d’autrefois

Charbonnières et ses églises

Prolongeons la rétrospective pour rappeler le souvenir des églises d’antan bien différentes de celles d’aujourd’hui, non pas par leur architecture, mais par leur aménagement et surtout par le rituel.

Depuis bien longtemps déjà les fidèles n’assistaient plus debout aux offices, des sièges, bancs ou chaises avaient été mis à leur disposition. Les premiers étaient généralement gratuits et le plus souvent destinés aux enfants, les chaises par contre étaient louées pour la durée de l’office moyennant une modeste redevance qu’encaissaient les chaisières, "petites vieilles" que l’on voyait trottiner à travers l’église où elles effectuaient bénévolement de menus travaux.
Les chaises des premiers rangs étaient la propriété personnelle de certains paroissiens, notables ou personnalités locales, marquées à leurs noms, elles étaient réservées à leur usage exclusif et se distinguaient des chaises louées par un empaillage, ou un rembourrage spécial destiné à rendre plus confortable le court séjour hebdomadaire de leur propriétaire dans la maison de Dieu.
Parmi ces sièges personnels, il en était un que l’on ne retrouve plus guère aujourd’hui que chez les antiquaires : le prie-Dieu, chaise basse à deux niveaux et à dossier en accoudoir, spécialement conçu pour les longs agenouillements. Mais chaises ou prie-Dieu devaient être retournés plusieurs fois au cours de la messe pour que les assistants, à genoux ou assis, se trouvent toujours face à l’autel, et le bruit provoqué par le retournement de ces sièges produisait un bruit bien caractéristique aux églises d’autrefois.

Le rituel aussi était bien différent, la messe quotidienne a toujours existé, mais le dimanche, il y en avait plusieurs au cours de la matinée. La première, celle de six heures, était une messe basse, courte et sans musique, on la disait réservée aux cuisinières, aux misanthropes et autres lève-tôt. Dans certaines paroisses, une deuxième était dite à huit heures, mais la grand’messe était celle de dix heures, celle qui réunissait tout le village endimanché. Les paroissiens s’y rendaient avec leurs volumineux missels entre les pages desquels ils conservaient les images pieuses offertes à l’occasion d’une cérémonie. Il faut dire aussi que les vêpres étaient presque aussi suivies que la messe.

Tournant le dos à l’assemblée vers laquelle il se retournait pour l’inviter à la prière, le prêtre officiait face à l’autel, l’ordinaire de la messe était dit en latin et les fidèles y répondaient dans la même langue. Le prêche, qui tombait du haut de la chaire, mobilisait l’attention générale par le sujet développé chaque dimanche, mais aussi par l’annonce des événements prévus dans la paroisse au cours de la semaine à venir. Les hommes qui assistaient à l’office non accompagnés de leurs femmes s’asseyaient rarement, ils se tenaient debout, près de la porte, ils étaient les premiers à sortir pour rejoindre leurs camarades mécréants qui les attendaient au café de la place.

C’était le prêtre, ou un autre religieux, mais pas un laïc, qui donnait la communion aux fidèles agenouillés à la table de communion, à des fidèles à l’âme purifiée par l’absolution et au corps à jeun depuis minuit, conditions impératives qui tourmentaient les enfants timorés lors de leurs premières communions.
Il y avait aussi un personnage important qui participait au décorum de la grand’messe, il se manifestait également, mais moyennant finance, dans certaines cérémonies familiales religieuses dont il rehaussait le prestige.
Généralement homme de haute stature et de belle prestance, le torse moulé dans sa redingote rouge barrée en sautoir d’un baudrier richement chamarré d’or, une longue épée au côté, culotte courte et bas blancs, coiffé d’un majestueux bicorne emplumé, le Suisse arpentait majestueusement l’allée centrale de l’église en faisant sonner sur les dalles, à chacun de ses pas, une terrifiante hallebarde tenue dans sa main ganté de blanc, dont la hache terminale donnait le frisson aux âmes sensibles imaginant le Suisse décapitant les infidèles. Très au courant du rituel liturgique, le Suisse tenait un rôle de maître de cérémonie.

Pour le commun des fidèles non propriétaire de sa chaise, la rétribution qu’il devait verser à la chaisière pour louer un siège le temps d’une messe, était encaissé pour le compte du fermier qui avait enlevé l’adjudication de la "ferme des chaises" pour l’année. A titre indicatif, l’adjudication pour l’année 1865 avait été enlevée pour 545 francs payables en trois mensualités : 100 francs au 1er mai, 200 francs au 1er septembre et le reliquat au dernier dimanche de septembre.
Mais le rôle de fermier ne se limitait pas à la location de chaises, sa charge comportait également un certain nombre d’obligations, il devait aussi :

  • Balayer l’église une fois par semaine, la veille des dimanches et des fêtes, mais jamais les dimanches et les jours de fête
  • Araigner, non seulement la veille des grandes fêtes, mais une fois par mois
  • Laisser sans rétribution les bancs des enfants de la paroisse, plus les chaises des institutrices communales, et celles de la femme et des enfants de l’instituteur, il pourra néanmoins exiger le paiement d’autres personnes qui se mettraient sur ces chaises ou sur ces bancs
  • Le fermier est autorisé à percevoir cinq centimes par chaise toute l’année, les dimanches et fêtes chômées, à la messe et aux vêpres, à la messe des mariages, sépultures et services, mais deux centimes et demi tous les autres jours où, néanmoins il ne sera rien perçu des paroissiens
  • Le fermier remplit en même temps les fonctions de sonneur. Il sera tenu de sonner tous les angélus, d’assister aux offices publics ou de s’y faire remplacer toutes les fois que ces offices réclameront la sonnerie

En septembre 1904 un ancien maire, M. Elie Charbonnier, lègue à la fabrique une somme de 1500 francs pour une horloge qui sera installée quant il y aura un clocher. Les intérêts de cette somme seront capitalisés jusqu’à ce que le clocher soit construit.

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