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Le Moyen-âge

Charbonnières et ses églises

Pour les historiens, le "Moyen-âge" couvre le millénaire qui s’étend du Vème au XVème siècle et se termine avec la prise de Constantinople en 1453. Durant les 300 premières années, l’Occident est en proie aux invasions ; Vandales, Wisigoths, Francs, Huns se succèdent, puis ce sont les Arabes qui, en 711, tentent de le conquérir pour le convertir à l’Islam ; Charles Martel les arrêtera à Poitiers en 732.

En 800, une fois la paix revenue, l’Eglise est toute puissante dans l’empire carolingien, la chevalerie, les croisades marquent les siècles suivants. Après la mort de Philippe IV le Bel, l’antagonisme franco-anglais se ranime et en 1337 débute une guerre qui va ruiner le pays pendant cent ans ; avec l’aide de Jeanne d’Arc, Charles VII la terminera en 1453.

Cette période, distinguée par les historiens comme étant le "Haut Moyen-âge", renferme un monde très peu peuplé ; au VIIIème siècle, on compte en Gaule, en moyenne cinq habitants au km2. Un pays très peu peuplé, mais aussi très peu cultivé, sa plus grande partie est encore occupée par des forêts, des marais et des friches. L’homme vit dans une nature sauvage, redoute de s’enfoncer dans la grande forêt refuge des bêtes sauvages, ours, buffles, aurochs et loups surtout, mais aussi de brigands et de hors la loi.
Il ne défriche pas non plus, d’abord parce qu’il n’en a pas encore les moyens techniques, mais aussi parce qu’il ne veut pas se priver de tout ce que lui offre la forêt, bois de construction et de chauffage, produits de chasse et de cueillette. Dans les clairières les paysans sèment et moissonnent, mais sans engrais, le rendement est très faible et le champ est vite épuisé, on l’abandonne alors pour quelques années et on va labourer un autre terrain.
Misère économique, obsession de la faim et des épidémies, oppression sociale, toute cette fragilité physique et morale explique les brusques crises collectives et les extravagances religieuses : les grandes peurs et les grandes pénitences.

Dans les villes, l’Eglise était fortement et puissamment organisée, ce qui n’était pas toujours le cas dans les campagnes. Un grand propriétaire pouvait construire une chapelle dans sa villa, puis demander un clerc à l’évêque et l’installer dans sa chapelle qui devenait alors le centre de la vie paroissiale du domaine.
C’est ainsi qu’au début du Moyen-âge se créèrent des églises privées que l’évêque avait bien du mal à contrôler, et dont le clergé se trouvait d’abord sous la coupe du grand propriétaire. Considéré comme domestique un peu supérieur, le clerc rural pouvait superviser les autres serviteurs et s’occuper des écritures, mais malgré le rôle relativement important qu’il joue dans sa paroisse, sa situation n’était pas très enviable.
Il réunissait les fidèles le dimanche et les jours de fête, on pouvait aussi lui demander de servir de notaire car il était censé connaître le latin. Il lui appartenait également de lever une dîme qu’il avait déjà bien du mal à percevoir, et quand il l’avait encaissée il en était bien souvent dépossédé par les grands propriétaires laïcs ou ecclésiastiques.

Telle devait être l’existence de ces "Carbonariaeens", ces lointains ancêtres qui, dans les années 900 de notre ère nous ont précédés dans la région ; ils seront les premiers aïeux dont nous ferons la connaissance, et ce grâce au Petit Cartulaire d’Ainay qui rapporte un banal acte de vente de domaine dans lequel il était question de Verdredias, lieu que nous appelons aujourd’hui les Verrières.

Mais que s’est-il donc passé au XIIIème siècle à Charbonnières pour que des faits aussi minimes que des legs de 5 ou de 30 sols en faveur de son église aient traversé les siècles pour parvenir jusqu’à nous ? En 1234, le doyen de l’église primatiale lui lègue par testament 30 sols. En 1245, c’est Durand Thimotée, prêtre, qui fait lui aussi une donation par testament de 5 sols forts au luminaire de Notre-Dame de l’Assomption. En 1260, Bernard de Tassin, chevalier de l’Eglise de Lyon vend pour 100 sols viennois des droits qu’il possède au village. Serait-ce une conséquence de l’appel aux croisades, ou de la multiplication des églises domaniales ?

En 1477, pour la première fois un document signale que le curé de Tassin dessert également Charbonnières. Un autre parchemin plissé et ridé, rédigé en latin, relate une donation entre vifs d’un bien sis au village. Puis, vers 1640 apparaît un volumineux registre d’état-civil renfermant de précieuses informations sur la population des deux paroisses, on le croyait conservé en lieu sûr dans la commune quand il disparut mystérieusement vers 1960. De ce document irremplaçable il ne reste que la copie de la première page :
"Ce jourd’huy dédié au sacré Mistère de l’Ascension de Notre Seigneur a été baptizé par moy Jean Soubzin en l’absence du Curé, dans l’Eglise de Charbonnière Sébastien Peyraud fils à Claude et à Marguerite Faure habitant dudit Charbonnière, le Parrain a été Sébastien Peyraud, Boulangier à Lyon et la Marraine Claudine Pitiot, femme de Pierre Peyraud aussy Boulangier audit Lyon, fait le dix septième jour de May Mil six cent quarante. (J.B. Rabain)

A défaut du registre disparu, voici quelques pages dues à des chroniqueurs de l’époque réunies dans des fonds conservés aux Archives épiscopales de Lyon :
"Feu Dame Hélène Dusoleil, de son vivant femme de M. Benoît de Loirivière, notaire et citoyen de Lyon fut décédée le quinzième novembre 1619, dans une maison dudit Loirivière appelée le Montcellard, paroisse de Tassin, et à cause du mauvais temps d’hiver fut impossible de la faire conduire audit Lyon, leur demeure pour la mettre en sépulture au tombeau de leurs prédécesseurs, de sorte que ledit Loirivière fut nécessité de faire mettre en sépulture dans l’esglize de Charbonnière, et dès lors deslibéré de faire construire une chapelle prenant partie dans ladite esglise et lieu de ladite sépulture à l’honneur de l’Annonciation de la glorieuse Vierge Marie mère de Notre Sauveur, laquelle chapelle a fait despuis construire et pour la dotation veult être célébrée en icelle annuellement et perpétuellement les festes Nativité, Conception, Purification et Assomption, et chacun jour Annonciation, Visitation et Présentation Notre Dame, une messe basse et l’antienne Salve Regina."

Le domaine ayant été acheté en 1682 par Claude Guérin, bourgeois de Lyon, celui-ci fit, le 28 septembre 1684, bénir la chapelle privée de la maison en fondant quatre messes sous le même vocable de l’Annonciation :
"...laquelle chapelle a esté ce jourd’huy bénite en temps que besoingt ou pourrait estre par Monsieur Claude Michel, prêtre et curé dudit Tassin assisté de M. Richard aussy prêtre du diocèse dudit Lyon, icelluy sieur Guérin a formulé et fondé par ces présentes sous le vocable de l’Annonciation de la Sainte Vierge quatre messes basses qu’il veult être dites et célébrées annuellement en ladite chapelle l’une le jour feste des grandeurs de la très Sainte Vierge qui eschoit chacun jour dix septième septembre, la seconde chacun jour et datte des présentes, en mémoire de la bénédiction qui a été faite de ladite chapelle, la troisième le jour de la Religion de Marie, le cinquième octobre et la quatrième et dernière le jour de feste de l’intérieur Marie ( ? ) le dix neuvième du mois d’octobre, et ainsi continuer d’année à autres à perpétuité."

Voici d’autres informations de même origine relative à la vie intérieure de la paroisse :
"Actes de baptême dressés par le curé André Gastet, Curé de Charbonnière et de Tassin et J.B. Rabain, prêtre (1640) et Pizol, curé d’Ecully (1645).
Livres où sont contenus les baptêmes qui sont faits depuis le dix septième may 1640, François Molin étant luminier. Ce 14 décembre 1649, André Gantillon a remis les clés de la lumière à son frère Pierre Gantillon et luy a laissé trente-neuf livres sept solz, et au plat des âmes une livre cinq solz.
Je, curé de Charbonnière ay veu et compté avec Pierre Gantillon, luminier, et s’est trouvé en lumière la somme de vingt livres saize solz et au plat des âmes trois livres dix-sept solz.
Ce 4 mars 1656, André Rajon, luminier à Charbonnière a acheté une cinture, changé une croix et un encensoir, pour le tout a despensé sept livres. Puis a fait souder un chandelier, plus pour la closture du cemetière, pour les cadettes 13 livres et 10 solz plus pour la despence du charroy des dites cadettes 12 solz."

Autrefois on appelait "luminiers" les paroissiens qui étaient chargés de l’administration temporelle de l’église. Au nombre de deux ils étaient nommés par les fidèles pour deux ans ; à la fin de leur mandat ils devaient rendre compte de leur gestion devant la communauté d’abord, puis devant l’évêque.
C’était aussi aux luminiers qu’incombait la charge d’éclairer l’église, leurs ressources provenaient de dons en argent ou en cire, de legs de biens, de pensions perpétuelles par hypothèques sur un bien, en contrepartie ils devaient exécuter les volontés des testateurs, généralement faire dire des messes à certaines dates. Les lumières de l’église représentaient une dépense importante et bien des petites paroisses ne recevaient que des dons en cire.

Ils pouvaient également contribuer aux ressources paroissiales en prenant un Royaume ; prendre un Royaume, ou Trône d’un Saint, s’était s’engager à faire une offrande déterminée par surenchère en l’honneur d’un saint, cette royauté durait un an, elle donnait le droit de porter la bannière aux processions et d’occuper une place spéciale à l’église.

A quoi pouvait bien ressembler notre église en ces temps lointains ? On peut imaginer un simple oratoire, ou une petite chapelle vouée depuis sa création à Notre-Dame de l’Assomption. D’après ce que l’on sait, elle a toujours été érigée au même emplacement, sur le coteau tourné vers le couchant, là, où autour d’elle, s’est formé le bourg qui plus tard, avec l’apparition du thermalisme, se déplacera dans la vallée.
Mais il n’est pas impossible qu’à une certaine époque elle ait connu un rang plus élevé que celui d’un simple lieu de culte ou de pèlerinage, ce qui pourrait aussi expliquer les largesses dont elle a bénéficié dans le passé.

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