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Georges Bassinet

Portraits de charbonnois

Georges Bassinet

Georges Bassinet a marqué la vie du Casino, et de la société des Eaux Minérales de Charbonnières-Les-Bains !

Georges Bassinet est né à Réalmont, prés de Castres, dans le Tarn, dont il a gardé l’accent rocailleux. Il était fier d’être le fils d’un facteur, celui du plus petit village de France, et le disait, par la suite, haut et fort à qui voulait l’entendre... Sa mère, charcutière et femme de forte personnalité voulait qu’il fasse carrière à ... la Poste !

C’est ainsi qu’elle lui trouva un emploi au Service de la "Distribution des coupons".

A ce poste, Georges Bassinet s’étonnait que peu de rentiers réclament leur dû et négligent ce supplément de revenu... A partir de là, il eut l’idée de génie de créer un journal financier pour annoncer les ventes d’actions, les distributions de bénéfices, grâce aux fameux coupons et fut le premier à susciter les abonnements à une revue financière. Ce fut la naissance du "Journal des tirages financiers" plus tard repris par la fameuse "Cote Desfossés".

En attendant, la Poste le nomma à Paris et son initiative connut un grand succès.

Pendant ce temps, André, son frère, était parti dans les colonies pour gérer les comptoirs à Dakar, au Dahomey. Il est rentré en France pour aider son frère à créer une banque : la Banque Union Financière. Celle-ci recueillit beaucoup de dépôts.

Georges était un créateur, un bâtisseur, tandis que son frère André était un gestionnaire. Ils étaient parfaitement indissociables, au point de susciter un véritable culte de fratrie.

C’est alors qu’ils firent l’acquisition de quelques stations thermales du sud-ouest.

En 1928, Georges et André Bassinet prennent la direction de la Société des Eaux Minérales de Charbonnières-Les-Bains.

"Georges Bassinet est un homme d’affaires conscient des atouts que possède Charbonnières et entend les utiliser pour placer la station dans le peloton de tête des stations thermales.

Son premier travail sera d’entreprendre la rénovation complète de l’établissement, intérieure et extérieure. Du théâtre du premier étage il fera le Grand Cercle qui connaîtra des soirées prestigieuses, il aménagera, modernisera bâtiments et installations pour leur donner ce cadre attrayant qui fera leur succès pendant des années.

Il entreprendra ensuite la réalisation d’un projet qui doit apporter à la station le complément d’activité qui lui manque encore, la création d’un hippodrome. Le moment est propice car il est question de fermer celui de Villeurbanne, ce qui aurait pour effet de reporter sur le champ de courses projeté le calendrier de réunions ainsi libérées. La société possède bien des terrains mais en partie boisés et vallonnés, qui ne se prêtent pas à la réalisation d’un tel projet. Le chantier débute en 1930. Trois cents ouvriers y travaillent pendant près de deux années."

Il fallut exécuter des travaux colossaux de remblais et de pose de fagots de bois pour réaliser la piste de course. Ce fut incontestablement la plus belle piste de la région.

"Malheureusement une première déconvenue allait décevoir les concessionnaires. Contrairement aux prévisions, Villeurbanne ne ferme pas et poursuit ses activités en conservant les bonnes dates de réunion que lui réserve le Grand Camp."

En 1939 la guerre survint : ce qui sauva la situation car les dettes ne furent pas réclamées !

"Au printemps 1942, les bâtiments du Casino furent réquisitionnés pour y établir les services administratifs de l’occupant, notamment un centre d’écoute et de repérage radio, les bureaux de l’Abweher et de la Gestapo", dans le cadre de la Commission d’Armistice.

"La paix revenue, il faudra attendre 1946 pour voir la réouverture du Casino, Georges Bassinet étant toujours président de la société."

On manquait alors de jetons : il fallut improviser...

Le Grand Cercle rouvre le 8 avril 1946 avec le Gala de la Samaritaine.

On disait de lui qu’il avait la "maladie de la pierre" tant sa réputation de constructeur était forte !

En 1946, un Syndicat Intercommunal est crée pour étudier le projet d’un nouvel établissement thermal. Il sera financé en partie par l’abandon d’une partie des redevances du Casino par les communes de Charbonnières-Les-Bains et de La Tour de Salvagny.

Il sera inauguré le 23 mai 1953, en présence du Ministre de la Santé.

Le cahier des charges imposé par les deux municipalités, Charbonnières-Les-Bains et La Tour de Salvagny, oblige Georges Bassinet à entreprendre de nombreuses initiatives coûteuses : création du Festival Lyon-Charbonnières, du Festival de Musique Populaire, du Rallye Lyon-Charbonnières. A cela ajoutons les soirées de théâtre, le cinéma, les courses de moto et stock-car, les représentations des Cadres de Saumur, les courses à vélo des Vieilles Gloires.

Ce ne sera qu’après la mésentente des deux municipalités que le Ministère de l’Intérieur obligera la société à respecter le cahier des charges existant.

Parallèlement à l’exploitation des jeux, la société se devait d’offrir à sa clientèle un cadre et des spectacles dignes des tout premiers casinos : organisation de soirées de gala (Grand Prix de Lyon, Soirée des Évadés, Hot-Club de France,présentations de mode) et prestations d’artistes réputés (Edith Piaf, Compagnons de la Chanson, Charles Trènet, Yves Montand, Henri Salvador, Juliette Gréco, ballets Ben Tiber, et de nombreux chansonniers : Robert Roca, Raymond Souplex, Jean Dorin, Pierre-Jean Vaillard, etc...

Georges Bassinet, épris d’un esprit social, toujours près de ses collaborateurs, fut le premier patron à créer une caisse de retraite pour le personnel des jeux.

Il présidait toujours de nombreuses fêtes organisées pour ou par les employés du Casino.

Pour son personnel, il envisagea de réserver des terrains pour leur permettre la construction de villas : d’abord sur les terrains Bottu (actuellement immeubles les Terrasses de Charbonnières) puis au Bois de la Lune et ensuite sur l’emplacement du terrain de la piscine. Chaque intéressé aurait construit son logement sur le mode des "castors" alors en vigueur.

L’achat du Pensionnat Lamartine (maison Bottu) puis de l’Hôtel Régina œuvrait dans ce sens, et permit de loger le personnel, tout comme le bâtiment actuel, longeant l’avenue G. Bassinet, devenu annexe de l’Hôtel des Thermes.

Il projeta de construire un hôtel sur l’ancien terrain du tir aux pigeons, derrière le Casino.

Un lac était même prévu. Malheureusement, l’absence de rétention d’eau rendit impossible cette réalisation.

En 1954, les frères Bassinet mettent en vente leurs biens : Casino, hippodrome et toutes les dépendances.

Un financier indochinois, Monsieur Franchini déjà intéressé par le Domaine de Lacroix-Laval se porte acquéreur. Mais la vente est annulée quelques mois plus tard.

Georges Bassinet décède d’un cancer foudroyant.

"Toto n’est plus, Toto nous a quitté ce 22 mai 1955."

Bien qu’attendue, la nouvelle du décès de Georges Bassinet, P.D.G. de la Société des Eaux Minérales de Charbonnières, provoque, parmi les employés du Casino, (qui l’appelaient familièrement mais respectueusement, "Toto"), une émotion non dissimulée car il avait su, au fil des ans, tisser avec eux des liens étroits et privilégiés. Du terrassier au cadre, ils les connaissait et s’intéressait à tous.

Il sera enterré à Neuilly dans son caveau familial.

L’exploitation du Casino et de ses dépendances seront reprises par son frère André, secondé par son gendre, Michel Blanchon.

Le restaurant La Sangria, la cascade artificielle, la piscine (mandat de Robert Perrier) complèteront l’œuvre de Georges Bassinet.

L’établissement thermal est construit en 1953 avec l’implantation d’un Centre de Recherches sur la cardiologie pour tenter de trouver des réponses à la maladie des "Enfants Bleus".

Prévues pour drainer du public au Casino, les courses en juillet et août ne voyaient pas de public, tandis que les charges ne diminuaient pas !

"Au début des années 60, un nouvel espoir apparaît. Le Grand Camp doit fermer ses portes pour faire place à l’Institut des Sciences Appliquées (INSA). Des transactions sont engagées dans le but de transférer à La Tour de Salvagny l’hippodrome lyonnais, transactions qui n’aboutiront pas.

On opposera l’insuffisance des installations, les difficultés d’accès routier par la Nationale 7 avec le franchissement du passage à niveau des Trois Renards, goulot d’étranglement qui occasionnait chaque dimanche des embouteillages mémorables. Arguments valables jusqu’à un certain point, la véritable raison était que la ville de Lyon entendait conserver son hippodrome et trouva rapidement les capitaux nécessaires pour la construction de l’ensemble de Parilly...

C’était l’échec : le 17 septembre 1965, après une dernière réunion d’adieu, l’hippodrome fermait définitivement ses portes."

En avril 1974, André Bassinet et son gendre Michel Blanchon vendent leurs parts de la Société des Eaux Minérales de Charbonnières-Les-Bains.

Ainsi s’acheva la saga Bassinet, qui aura contribué à la renommée de la "station thermale hydrominérale intercommunale Charbonnières-Les-Bains - La Tour de Salvagny" en portant son nom dans de nombreuses manifestations toutes plus prestigieuses les unes que les autres.

Étude réalisée grâce aux récits de Robert Putigny, Président d’Honneur de l’Association
(En italique : Extraits de son ouvrage "Deux siècles de thermalisme et de romantisme")
Et aux témoignages de Charbonnois : MM. Herbet, Blasco, Blanchon, Kaszowski,...